La peinture tourmentée de Thanos Tsingos chez Ulysse & Victor
Pour l’expert parisien Marc Ottavi, la condamnation à mort en 1944 du peintre et architecte Thanos Tsingos, en Grèce, pour son engagement auprès du Front de libération nationale (EAM), fondé par le Parti communiste grec et soutenu par l’URSS, « a profondément forgé sa personnalité ténébreuse, exaltée et marqué irrémédiablement sa peinture. S’il peint des fleurs, ce sont des fleurs en rébellion dont la violence est tout juste masquée par l’apparente douceur du sujet. » Finalement libéré en 1946, Thanos Tsingos s’installe à Paris en 1949. La diaspora grecque est assez importante au début des années 1950 dans la capitale française. Tsingos rencontre des artistes comme Yannis Gaïtis ou Takis, mais aussi de jeunes galeristes : Iris Clert, elle aussi d’origine grecque, l’exposera en 1956. On retrouve toute la nervosité de Tsingos dans les treize peintures, provenant de deux collections privées, dispersées par la maison Ulysse & Victor à Drouot. Les natures mortes – Coupe de fruits, 1960 (1 200-1 500 euros) – et les compositions plus abstraites – Fonds Marin, 1957 (est. 15 000-20 000 euros) – illustrent parfaitement les propos de Michel Ragon dans le catalogue de l’exposition consacrée au peintre par le Centre Pompidou en 1980 : « Ni tout à fait abstrait, ni vraiment figuratif. Informel. »
Art + (art moderne & contemporain, arts d’Afrique & d’Océanie, arts d’Asie), mardi 11 février 2025, Ulysse & Victor, Hôtel Drouot, 75009 Paris

Niki de Saint Phalle, Tir (Old Master), séance Galerie J, signé, inscrit et daté 1961 (au dos), peinture, plâtre, plastique, métal, ficelle et grillage sur bois dans un cadre ancien, 90 x 76 x 13 cm. Courtesy Sotheby’s.
La collection Marcel Lehmann-Lefranc chez Sotheby’s
Le collectionneur Marcel Lehmann-Lefranc, disparu en août 2024, est l’héritier, par sa mère, des couleurs Lefranc-Bourgeois, fournisseur officiel des peintures du château de Versailles dès 1753. La centaine d’œuvres présentées par Sotheby’s à partir du 12 février avait trouvé place dans son appartement décoré par l’architecte Jean-Michel Wilmotte. Elles reflètent la personnalité du propriétaire des lieux. « Le regard de Marcel Lehmann-Lefranc est résolument tourné vers les avant-gardes de son temps, confie Olivier Fau, directeur des ventes privées de Sotheby’s. Pour autant, il n’a jamais tourné le dos à une forme de goût "classique". Il aimait l’École de Nice (Bernar Venet, Untitled, 1965, est. 15 000-20 000 euros) comme Pablo Gargallo (Tête d’arlequin (Version I), 1929, est. 50 000-70 000 euros). » Parmi les nombreuses pièces historiques, figure un Tir (Old Master) (est. 70 000-100 000 euros), réalisé en 1961 par Niki de Saint Phalle, acheté lors du vernissage de l’exposition « Feu à volonté » organisée par Jeanine de Goldschmidt, compagne du critique Pierre Restany, à la galerie J à Paris.
« Contemporary Discoveries Including the Marcel Lehmann-Lefranc Collection », vente en ligne du 12 au 20 février 2025, Sotheby’s, 83, rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris.