Sarah Buckner : Chambre de la vie parallèle
Sarah Buckner montre quelques tableaux récents et des œuvres sur papier conçus pour cette première exposition parisienne, mais également des dessins et études pour une importante exposition récemment clôturée à Shanghai. Cette abondance de dessins élargit le point de vue sur l’univers de cette conteuse d’histoires. Sarah Buckner a également ébauché trois projets d’affiches qui mettent en scène avec humour la femme peintre. « Chambre de la vie parallèle » ressemble à une fantaisie autour du monde artistique couvrant à la fois le symbolisme et la peinture sociale, avec même quelques accents bohèmes. Le plus grand des tableaux montre une femme nue en haut d’un escalier, le corps jeté en arrière. Bras repliés couvrant en partie sa tête, elle fait face à un gigantesque papillon de nuit aux ailes déployées. La porte est d’une teinte écarlate et cette couleur se retrouve en griffures dans la chair comme dans le bois des marches. Ce grand tableau mystère a été placé de manière à se réfléchir dans un miroir trumeau dans la pièce adjacente. À côté de la glace, est accroché un petit tableau, une scène de rue d’une femme traînant un enfant. Un autre tableau montre une nurse tenant dans ses bras ce qui ressemble autant à une chrysalide qu’à un nouveau-né. Elle est aussi en compagnie d’un papillon. On retrouve dans certains dessins des figures ou des poses vues dans les tableaux, et ceci nous éclaire sur la façon dont Sarah Buckner élabore ses visions. À travers jeux de renvois et de regards, l’artiste a conçu un véritable théâtre du rêve et de la quotidienneté.
Du 24 janvier au 13 mars 2025, Esther Schipper, 16 place Vendôme, 75001 Paris

Vue de l’exposition « Keunmin Lee : When Hallucination is no Longer a Symptom » chez Derouillon, Paris. Photo : Grégory Copitet
Keunmin Lee : When hallucination is no longer a symptom
À l’âge de 20 ans, au tout début du siècle, Keunmin Lee a été diagnostiqué comme personnalité borderline et, consécutivement, a été interné deux années durant. De cette expérience et du souvenir des hallucinations expérimentées au cours de cette période, il a tiré le sujet de son œuvre de peinture. Au caractère thérapeutique reconnu de sa démarche, il ajoute deux autres visées : celle de mettre en question les politiques d’enfermement classificatoires et celle de faire entendre la voix des artistes outsiders. À ses débuts, ceux-ci étaient totalement ignorés en Corée du Sud, pays où il est né et réside. Les tableaux de Keunmin Lee sont des abstractions construites à partir de formes organiques, artères ou tissus, peintes plus ou moins nettement, avec parfois des empreintes de trames, ou l’ajout de morceaux de film plastique transparent froissé. Le rouge est le ton dominant. À l’idée d’un tableau corps ou chair, l’artiste a préféré cette métaphore de l’intériorité où la couleur du sang n’est portée par aucune rage expressive. Les visions sont parfois très construites et incarnées, parfois elles sont créatrices d’espaces lumineux. Il en émane une forme de sérénité grave. Cette approche de l’infini en peinture dépasse les divisions d’écoles.
Du 20 février au 5 avril 2025, Derouillon, 13 rue de Turbigo, 75002 Paris

Vue de l’exposition « Natsuko Uchino : Fabriques & Folies » à la Galerie Allen, Paris. Photo : Aurélien Mole. Courtesy the artist and Galerie Allen, Paris
Natsuko Uchino : Fabriques & Folies
Connue d’abord par son travail avec la céramique, Natsuko Uchino n’a cessé d’étendre son périmètre d’action. Les céramiques exposées dans « Fabriques & Folies » sont de dimensions modestes évoquant des modèles d’architecture ou des objets d’usage. L’une d’entre elles est posée sur un socle standard mais celui-ci a été couvert de motifs peints qui le mettent en correspondance avec de grandes toiles libres peintes. Les autres céramiques, ainsi que des pièces en verres nouvellement créées, sont présentées sur d’imposants assemblages de briques et de pierre. Ces constructions bouleversent la notion de socle et mettent en lien le travail de l’artiste avec celui du maçon ou de l’architecte. Les nouvelles pièces en verre ont été exécutées par deux maîtres-verriers à l’intérieur de moules conçus par l’artiste. Elles sont la concrétisation d’une rencontre, comme des improvisations à partir d’un thème. Il en est résulté ces formes inattendues, un peu cabossées, où la main semble avoir pris l’avantage sur le souffle. Une grande tenture en laine, d’une texture grossière, avec des tons d’ocre, de terre et de vert, apporte une part d’animal et de végétal. Dans l’exposition, on trouve aussi deux petits pieds en terre cuite ouverts comme des chaussons. Au seuil de quelque chose, ils semblent vouloir nous aider à nous situer en tant que spectateurs ou simplement en tant qu’humains.
Du 4 février au 1er mars 2025, Galerie Allen, 6 passage Saint-Avoye, 75003 Paris

Vue de l’exposition « Pierre-Olivier Arnaud : Nouveaux éléments » chez Galerie Art : Concept, Paris. Courtesy the artist and Art : Concept, Paris. Photo : Romain Darnaud
Pierre-Olivier Arnaud : Nouveaux éléments
Pierre-Olivier Arnaud se pense comme un plasticien qui travaille avec la photographie plutôt que comme photographe. Des photos, qu’il prend le plus souvent dans la rue, il fait tirer des posters en offset sur papier léger et les colle ensuite sur les murs. L’agrandissement, plus le procédé d’impression, donnent une définition basse et un tramage marqué. Avec deux posters tirés à plusieurs exemplaires, l’artiste a fait deux sortes de bandes qui couvrent chacune la partie inférieure d’un mur. La première répète une image de doigts augmentés de faux ongles ouverts en ciseaux, la deuxième un motif de rosace vaguement Op Art. À mi-chemin de ces deux rangées qui évoquent l’affichage sauvage comme la décoration murale, se trouve une photo de fleurs de jardins avec un contraste très marqué. Elle a tout d’une photo-modèle, survivance d’un genre disparu. Sur d’autres murs sont présentées des photos en A4, dans des pochettes plastiques fixées par un morceau d’adhésif rose pâle. Ce sont des choses banales : un détail de guichet en plexiglas, deux bâtons de rouge à lèvres, des mégots, des photos de maillot de corps dans un catalogue de vente ; sujets de recherche, qui échafaudent ensemble une histoire parallèle. La démarche de Pierre-Olivier Arnaud conjoint une forme d’interrogation sur le mode de diffusion des images (des réseaux sociaux au tirage numéroté), mais aussi une mélancolie, de regret d’une époque où le détournement de l’image publicitaire était une forme de contestation. À ces effets d’interpellation, plus ou moins didactiques, l’artiste a préféré le travail sur les nuances de tonalité et un certain niveau d’abstraction.
Part. I : du 13 février au 1er mars 2025 ; Part. II : du 15 au 29 mars 2025, Galerie Art : Concept, 4 passage Saint-Avoye, 75003 Paris