Le 26 mars, le lauréat du prix Drawing Now 2025 va être annoncé pendant la Foire éponyme, au Carreau du Temple, à Paris. La ou le récipiendaire bénéficiera d’une exposition au Drawing Lab, un espace permanent et associatif de 150 m2 ouvert en 2017 et en accès gratuit, au sous-sol du Drawing Hotel, rue de Richelieu, dans le 1er arrondissement de la capitale. Si organiser un prix est devenu banal pour une foire, disposer de son propre lieu pérenne est en revanche rarissime... L’idée, tout comme le Salon, revient à Christine Phal – à l’origine également du Printemps du dessin. « Le Lab est né du constat que les artistes avaient besoin d’un cadre pour s’exprimer à un autre moment que la Foire, explique-t-elle. Les salons cherchent à exister le reste de l’année, souvent avec des rencontres, des podcasts... Ici, nous proposons un lieu permanent et une programmation. C’est un vrai engagement. Un projet philanthropique et utopique à l’opposé de mes vingt années de galeriste ! Être moteur pour faire découvrir des artistes, offrir la production, c’est un luxe. »
UN MODÈLE ÉCONOMIQUE
Pragmatique, Carine Tissot, sa fille, a eu l’idée de lancer des hôtels pour soutenir l’édifice... L’objectif ? « Créer une destination complète autour du dessin », résume-t-elle. D’où l’ouverture d’hôtels 4 étoiles, au nombre de trois aujourd’hui, qu’elle dirige : le Drawing Hotel, la Drawing House (à deux pas de la gare Montparnasse, dans le 14e arrondissement) et, le dernier-né, Miss Fuller (dans le 17e arrondissement). Si l’on excepte celui-ci – qui fait néanmoins partie du réseau de la Drawing Society, structure chapeautant les opérations hôtelières et artistiques –, les hôtels sont détenus en copropriété du fonds. Cette panoplie d’activités comprend aussi Drawing on demand, un service d’ingénierie culturelle proposant entre autres des résidences destinées aux artistes souhaitant réaliser un projet spécifique, et Drawing Edition, qui développe des produits dérivés en vente dans les hôtels. Ce qui représente une centaine d’employés en tout !
« Le Carreau du Temple n’est pas extensible, précise Christine Phal. Or, les frais généraux augmentent, eux, depuis la pandémie due au Covid-19. Lorsque le Salon était au Carroussel du Louvre, nous avions dix galeries de plus, soit environ 70 000 euros de chiffre d’affaires supplémentaire. Ici, quand la Foire est bénéficiaire de 20 000 à 30 000 euros pour 800 000 euros de volume, nous avons les félicitations du comptable ! Par contraste, le chiffre d’affaires des hôtels avoisine les 20 millions d’euros annuels... Cela nous permet de ne presque pas augmenter les prix des stands et de participer aux salaires de la Foire. »
Un modèle économique mariant le commercial et le créatif, l’art et l’hôtellerie, sans équivalent dans le paysage français du marché de l’art. Si ce mélange des genres est parfois mal considéré dans l’Hexagone, la galaxie « Drawing » se veut d’abord « une caisse de résonance à travers le Salon, le Lab et les hôtels pour les nouvelles générations de galeries et d’artistes, en particulier ceux qui se sont construits ces deux dernières décennies autour de Drawing Now », explique Carine Tissot.

Couloir décoré par Françoise Pétrovitch au Drawing Hotel, Paris.
© Drawing Hotel
LA COLLECTION
Pour la première fois, Drawing Now invite des VIP belges et suisses au Drawing Hotel, privatisé à cette occasion. Des rencontres avec des intervenants d’horizons divers sont organisées dans les bars des différents hôtels. Toutefois, la pierre angulaire reste la série de commandes passées aux artistes, avec parfois des vases communicants entre le Salon et le prix.
À la Drawing House, c’est un tapis et une fresque murale d’Alexandre et Florentine Lamarche-Ovize qui accueille les visiteurs. Marion Charlet conçoit un papier peint pour les murs de la piscine, tandis que Daniel Otero Torres suspend une volière d’oiseaux en voie de disparition, en métal découpé, dans le restaurant. Dans les étages apparaissent Karine Rougier, Mathieu Dufois, Lucie Picandet, Jeanne Susplugas... Face aux ascenseurs, le travail des artistes est présenté par un panneau, un relais de diffusion qui s’ajoute aux sites Internet des hôtels. Un espace en sous-sol accueille une carte blanche temporaire à Philippe Baudelocque, lequel déploie ses étonnants dessins...
Le même principe s’infuse dans les deux autres établissements. Les artistes rencontrent là un terrain d’expérimentation, à l’instar d’Abdelkader Benchamma qui, dans les couloirs du 2e étage au Drawing Hotel, a créé pour la première fois une fresque immersive durable. Des synergies, une visibilité, qui ne peuvent que défendre la cause du dessin contemporain.
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DRAWING NOW, L’ÂGE ADULTE
Drawing Now s’installe à nouveau au Carreau du Temple, à Paris, du 27 au 30 mars 2025, pour sa 18e édition. Dévolue au dessin contemporain, la Foire accueille 71 enseignes venues du monde entier, dont Templon (Paris), Lilia Ben Salah (Paris), Lelong & Co. (Paris, New York), la Galleria Studio G7 (Bologne) ou encore la Galería ATC (Ténérife).
L’événement poursuit sa formule sur deux niveaux. Au rez-de-chaussée sont réunies des galeries dédiant au moins un tiers de leur stand à un seul artiste ; le sous-sol est réservé aux projets plus prospectifs avec les sections Insight, où sont exposées les propositions d’un ou deux artiste(s) français, et Process, consacré aux réalisations associant le dessin à d’autres disciplines, de la photographie à l’architecture.
Une exposition, « Codes dessinés : notations urbaines, écritures intimes », est présentée par la commissaire Joana P. R. Neves en association avec le Centre national des arts plastiques. Pour pimenter le tout, l’architecte d’intérieur Pierre Yovanovitch a choisi treize artistes pour un parcours « coups de cœur » allant d’Henri Michaux (galerie Berthet-Aittouarès, Paris) à Joris Van de Moortel (Nathalie Obadia, Paris, Bruxelles).
Drawing Now Art Fair, 27-30 mars 2025, Carreau du Temple, 4, rue Eugène-Spuller, 75003 Paris, drawingnowparis.com