La lente remontée après les confinements imposés par la pandémie de Covid-19 est terminée. Les musées sont maintenant revenus à ce que nous pourrions considérer comme leur « niveau naturel », où le nombre de visiteurs est déterminé par des facteurs tels que la popularité de la programmation, les contraintes physiques ou des tendances plus larges. Nous commençons à nouveau à voir les chiffres augmenter ou diminuer légèrement chaque année, tout en restant généralement dans une fourchette cohérente. Les musées du Vatican (2e de notre classement) ont ainsi déclaré avoir reçu 6,8 millions de visiteurs en 2024, soit moins d’un point de pourcentage qu’en 2019. Les files d’attente pour voir les trésors du pape ne désemplissent pas, le musée fonctionnant au maximum de sa capacité.
Éternel numéro 1, le musée du Louvre a perdu 1 % de visiteurs en 2024, totalisant toutefois près de 9 millions d’entrées. De fait, la « surfréquentation » est un problème dans plusieurs musées parisiens. Le musée d’Orsay pointe à la 9e place avec 3,8 millions de visiteurs, devant le Centre Pompidou (15e avec 3,2 millions de visiteurs), qui s’apprête à fermer pour travaux. Loin derrière, le Petit Palais (50e) a accueilli près de 1,5 million de visiteurs ; le musée du Quai Branly-Jacques Chirac (63e), près de 1,3 million. La Fondation Louis-Vuitton (67e), avec 1,2 million de visiteurs, coiffe au poteau le musée de l’Orangerie (68e).
Les musées parisiens ne sont pas les seuls à avoir la cote en Europe. À Madrid, le Prado (14e) a attiré 3,9 millions de personnes (+16 % par rapport à 2023) et le site principal du Reina Sofia (46e) 1,5 million. À Amsterdam, le Rijksmuseum (23e) a perdu un peu de terrain avec 2,5 millions de visiteurs, soit une baisse de 8 %, s’expliquant par le succès de l’exposition « Vermeer » en 2023. Le musée Van Gogh (39e) a enregistré une hausse de 9 %, soit 1,8 million d’entrées. À Florence, la Galerie des Offices (19e) a accueilli 2,9 millions de visiteurs, soit une hausse de 7 %.
Ailleurs, nous observons des signes d’essoufflement après une grande affluence liée à la nouveauté. La fréquentation du Nasjonal-museet d’Oslo a chuté de 24 % par rapport à son année inaugurale, tandis que la National Portrait Gallery de Londres, qui a rouvert ses portes, n’a accueilli qu’un tiers de visiteurs de plus qu’en 2023, bien qu’elle ait été ouverte deux fois plus longtemps.
Force est de constater que la « nouvelle normalité » est un peu plus inquiétante outre-Manche, certains musées britanniques n’atteignant plus les sommets de fréquentation de la fin des années 2010. La Tate Modern en est un bon exemple. La Tate Modern en est un exemple emblématique. Lors de son ouverture il y a 25 ans, elle a profondément bouleversé la scène culturelle britannique et influencé, à l’échelle mondiale, la conception même du fonctionnement des musées d’art. Le musée a reçu 5,3 millions de visiteurs dès la première année. En 2018, elle a dépassé le British Museum pour devenir l’institution la plus visitée du pays, accueillant en 2019 un nombre record de 6,1 millions de visiteurs. En 2024, la Tate Modern (5e de ce classement) n’a enregistré que 4,6 millions de visiteurs, soit 3 % de moins qu’en 2023 et un quart de moins qu’à son apogée.
La même tendance se répète ailleurs. La Tate Britain a augmenté sa fréquentation de 12 % en 2024, mais reste en baisse de 32 % par rapport à 2019. La Royal Academy of Arts a baissé de 12 % par rapport à 2023, ne recevant que la moitié de son total de visiteurs de 2019. Bien qu’elle ait organisé son exposition temporaire la plus fréquentée de tous les temps – « Van Gogh : Poets and Lovers », avec 335 000 visiteurs – , la National Gallery a connu une croissance inférieure à 4 %, soit une baisse de 47 % par rapport à 2019. Cela signifie que 2,8 millions de personnes en moins ont visité la National Gallery par rapport à 2019, soit la plus forte baisse en termes absolus de tous les musées de notre liste pour la troisième année consécutive. L’aile Sainsbury, récemment rénovée, rouvrant en mai, l’institution espère que cela changera la donne.
Certains musées britanniques s’en sortent cependant très bien. Le British Museum se place en 3e position sur notre liste avec 6,5 millions de visiteurs, son meilleur résultat depuis 2015. Le Natural History Museum a quant à lui reçu 6,3 millions de visiteurs et a enregistré un nombre record d’entrées au cours de son exercice 2023-2024. Le Victoria & Albert Museum (13e avec 3,5 millions de visiteurs) a profité de l’engouement pour Taylor Swift pour connaître son été le plus chargé depuis la pandémie, avec une exposition sur les « looks emblématiques » de la musicienne qui a attiré les foules. L’un des moyens de réagir pour les musées semble être d’attirer des publics autres que ceux de l’art traditionnel.
Qu’en est-il des institutions apparues ces dernières années, notamment en Asie ? À Hongkong, le nombre de visiteurs du M+ s’est un peu tassé, avec une baisse de 7 % par rapport à l’année précédente, mais avec un chiffre toujours satisfaisant de 2,6 millions. Le Hong Kong Palace Museum a chuté de 28 % par rapport à l’année dernière, mais il n’en est encore qu’à ses débuts.
Le musée de Shanghai a ouvert en février sa succursale de Pudong, le Shanghai Museum East – qui fait sa première apparition à la 6e place dans le top 10 de notre classement – , avec sa galerie de bronzes et deux salles pour des expositions temporaires, à commencer par une consacrée à l’ancien royaume de Shu. Le musée a ouvert dix salles supplémentaires en juin et le reste de l’établissement en décembre, attirant un nombre incroyable de 4,3 millions de visiteurs. Les chiffres de nombreux musées chinois ne seront publiés que plus tard dans l’année.
La fréquentation du Louvre Abu Dhabi (53e) continue d’augmenter, avec 1,4 million de visiteurs. L’investissement dans une architecture audacieuse porte également ses fruits pour l’Art Gallery of New South Wales à Sydney ; sa nouvelle aile lui a permis d’accueillir 2,4 millions de visiteurs, soit un million de plus qu’en 2019.
Les musées russes ont vu leur fréquentation chuter après l’invasion de l’Ukraine, qui a entraîné l’arrêt de nombreuses liaisons aériennes avec l’Occident. Toutefois, en 2024, on observe un retour lent mais régulier à leur nombre de visiteurs d’avant la guerre. Le Musée national russe de Saint-Pétersbourg (11e) a enregistré 3,6 millions de visiteurs, soit une hausse de près d’un quart par rapport à l’année précédente, et de moitié par rapport à 2019. L’Ermitage (12e) a accueilli 3,6 millions de visiteurs.
Aux États-Unis, les musées pourraient subir les conséquences des coupes budgétaires et de l’offensive de l’administration Trump qui s’oppose aux initiatives en matière de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI), en particulier à Washington. Il est important de noter que bon nombre des musées américains les plus populaires en 2024 accueillaient des œuvres d’art à portée politique. Par exemple, la National Gallery of Art (3,9 millions de visiteurs, en hausse de 3 % par rapport à 2023) a acquis et exposé une série d’œuvres de Robert Longo représentant les imposants bâtiments gouvernementaux de Washington ; le musée a acquis en même temps une représentation de l’insurrection du 6 janvier 2021. Le Smithsonian American Art Museum (1,5 million de visiteurs, y compris la Renwick Gallery) a présenté des expositions consacrées à Carrie Mae Weems, à la série Fighters for Freedom de William H. Johnson ou encore « Subversive, Skilled, Sublime : Fiber Art by Women ». Bien entendu, l’existence même du Musée national de l’histoire et de la culture afro-américaines pourrait être considérée comme politique. Avec son 1,6 million de visiteurs l’année dernière et en 2023, il est le quatrième musée d’art le plus populaire du pays, et le deuxième le plus visité dans la capitale américaine.
Le Metropolitan Museum of Art (Met) de New York, 4e de notre classement, arrive en tête des institutions américaines, comme d’habitude, avec 5,7 millions de visiteurs dans son bâtiment principal (+7 % par rapport à 2023). Suivent la National Gallery of Art de Washington (7e avec 3,9 millions de visiteurs) et le Museum of Modern Art (MoMA) de New York, 20e avec 2,7 millions de visiteurs (en baisse de 6 % par rapport à 2023). Les expositions les plus populaires à New York étaient résolument moins politiques : « Sleeping Beauties : Reawakening Fashion » au Met, « Ed Ruscha » au MoMA, et l’exposition « Beatrix Potter » de la Morgan Library and Museum, qui a représenté un tiers de ses ventes de billets pour l’année. L’exception est l’exposition politique de Jenny Holzer au Solomon R. Guggenheim Museum, qui n’a pas suffi à augmenter la fréquentation du musée, en baisse de 11 % par rapport à 2023. Il n’est donc pas surprenant que le Guggenheim ait annoncé le licenciement de 7 % de ses effectifs en février 2025.
En dehors de New York et de Washington, les musées américains les plus populaires en 2024 sont l’Art Institute de Chicago (stable à 1,3 million de visiteurs) et deux institutions de Los Angeles : le J. Paul Getty Museum (1,3 million de visiteurs, en hausse de 4 % par rapport à 2023) et la Huntington Library, Art Museum and Botanical Gardens, à San Marino (1,2 million de visiteurs, en hausse de 6 % par rapport à 2023).
Plusieurs musées du Mexique et du Brésil ont accueilli au moins un million de personnes l’année dernière. En tête de liste, le Museo Nacional de Antropología de Mexico totalise 3,7 millions de visiteurs, un record pour ce vaste musée d’objets archéologiques précolombiens, dépassant d’un million les chiffres du MoMA. À quelques kilomètres de là, le musée privé Museo Soumaya s’est classé deuxième au Mexique avec 2,3 millions de visiteurs. Le centre d’art contemporain voisin, Museo Jumex, a choisi de ne pas participer à notre enquête cette année.
Les deux musées brésiliens ayant enregistré la plus forte hausse de fréquentation doivent leur succès à leurs expositions immersives extrêmement populaires. Le musée Oscar Niemeyer de Curitiba a vu sa fréquentation augmenter de 41 % par rapport à 2023, pour atteindre 712 000 visiteurs ; son exposition de l’artiste portugaise Joana Vasconcelos a enregistré 600 000 entrées. À la Pinacothèque de São Paulo, l’exposition de l’artiste argentine Marta Minujín a attiré 305 000 visiteurs, soit près de la moitié de la fréquentation totale de l’année dernière. Ces deux musées ont notamment pulvérisé leurs chiffres d’avant la pandémie : le musée Oscar Niemeyer a augmenté sa fréquentation de 89 % par rapport à 2019, tandis que la Pinacothèque de São Paulo a enregistré une hausse de 50 %.