Alors que les incertitudes sur le financement de la dernière phase des travaux et sur son fonctionnement ne sont toujours pas levées en raison de l’absence d’un gouvernement de plein exercice pour la Région de Bruxelles-Capitale (lire The Art Newspaper Édition française, décembre 2025), Kanal-Centre Pompidou vient de révéler les grands axes de sa programmation inaugurale. Le très volontariste Yves Goldstein, directeur général de l’institution, assure que « le musée est là, qu’il s’ouvrira et qu’il ne pourra de toute façon plus être arrêté ».
Ce nouveau complexe de 40 000 m2 (dont 20 000 m2 en accès libre) ouvrira le 28 novembre 2026, avec pas moins de dix expositions, d’amplitudes certes différentes. Le paquebot Kanal va ainsi naviguer entre une programmation associant grands classiques de l’art du XXe siècle (ce qui manquait à Bruxelles, vu la longue absence d’un musée d’art moderne) et expositions monographiques et collectives contemporaines, ancrées dans le paysage de plus en plus multiculturel de Bruxelles. Pour Kasia Redzisz, sa directrice artistique, « Kanal n’est pas né comme une réponse à un vide, mais comme une façon de l’habiter ».
Ainsi, l’une des premières expositions les plus attendues s’intitule « An infinitive woman ». Dans un pays dont l’histoire du XXe siècle est indissociablement liée à la colonisation du Congo, l’exposition revisite la circulation de l’image des femmes comme symbole colonial et son renversement par une vingtaine d’artistes afrodescendants(e)s qui se la sont réappropriée : « il s’agit ici de reconnaître tout le poids du passé colonial, mais refuser qu’il continue de définir nos sociétés contemporaines ».

Le Showroom du futur Kanal-Centre Pompidou. Photo :Atelier Kanal
Avec sa façade panoramique, le showroom est l’élément le plus emblématique de l’ancien garage Citroën. Toutes proportions gardées, il pourrait être comparé à la Turbine Hall de la Tate Modern à Londres. Le lieu – haut de 25 mètres, long de 75 mètres – sera inauguré par l’installation right ? de l’artiste turque Banu Cennetoğlu. Les 30 articles de la Déclaration universelle des droits de l’Homme y sont représentés par autant de bouquets de ballons ayant la forme de lettres. Tout au long de l’exposition, les ballons vont peu à peu se dégonfler et rendre les lettres illisibles, comme une métaphore de la fragilité des droits humains, jamais définitivement acquis.
Parmi les autres expositions monographiques annoncées, citons celles d’Otobong Nkanga, Manon de Boer, Joshua Serafin et Joëlle Tuerlinckx ; celle-ci a pris possession de la salle la plus souterraine du bâtiment, dont elle a suivi toute l’excavation puis l’aménagement, voyant ainsi « l’espace dessiner son lieu » qu’elle investira sobrement.
« Ce voyage vraiment immense » est la première des trois grandes expositions collectives de longue durée (de 12 à 24 mois) prévues dans la convention qui lie Kanal au Centre Pompidou, dans un cycle appelé « displays ». Curatée conjointement par les équipes parisiennes et bruxelloises, elle réunira 350 œuvres faisant voisiner les icônes du musée français avec des artistes de la scène (inter) nationale belge (Chantal Akerman, Francis Alÿs, Sammy Baloji, Anne Teresa De Keersmaeker, Edith Dekyndt, Aglaia Konrad, Hana Miletić, Luc Tuymans, etc.). L’objectif de cette exposition est de « créer des constellations surprenantes sur les histoires de l’art ». C’est bien ce que souligne Kasia Redzisz, en expliquant que « Kanal conçoit le musée comme un lieu d’investigation, où l’on revisite les histoires, où les récits restent ouverts et où l’on remet sans cesse en question les conditions d’exposition, de collection et de participation ».
En parallèle, un format « temporaire » sera, lui, consacré à des monographies d’artistes phares comme Sonia et Robert Delaunay, Robert Frank, Brassaï, Georges Braque et Pablo Picasso, ou encore Henri Matisse.
Un autre apport, et non des moindres, sera constitué par le déménagement définitif du CIVA (Centre d’Information sur la Ville et l’Architecture) dans les espaces du futur musée. Il prendra une nouvelle dénomination, plus explicite, de KANAL ARCHITECTURE. Forte de sa collection de 500 fonds d’archives d’architectes belges et de ses 65 000 ouvrages, l’institution conservera sa spécificité, mais changera d’échelle et accroîtra sa visibilité. Avec ses expositions – le Centre disposera de ses propres espaces –, il jouera un rôle important dans la connaissance de la ville, tout en offrant au Kanal-Centre Pompidou un ancrage historique qui lui manquait. Un mariage de raison donc, avec de nombreuses collaborations prévues entre les deux partenaires.




