Il était l’un des pionniers du courant de la peinture monochrome qui mit l’art contemporain du « Pays du matin calme » sur la carte mondiale de l’art. Ainsi nommé rétroactivement, le mouvement Dansaekhwa a connu un essor considérable à partir du milieu des années 1970, réunissant des artistes sud-coréens qui ont ensuite rayonné à l’international. Le peintre Chung Sang-Hwa est décédé le 28 janvier 2026, à l’âge de 93 ans.
« Chung Sang-Hwa a toujours insisté sur le fait que le processus de création définit l’œuvre elle-même et toutes ses caractéristiques. Fidèle à sa pratique consistant à “décoller” et à “remplir”, l’artiste a consacré toute sa vie à étendre le plan bidimensionnel en un espace infini habité par un souffle subtil. Ses œuvres sont des visualisations à la fois des processus par lesquels elles ont été créées et de son parcours artistique », lui a rendu hommage la Hyundai Gallery à Séoul, qui le représente depuis sa première exposition solo en 1983.
Né en 1932 à Yeongdeok, dans la province de Gyeongsang, en Corée du Sud, l’artiste grandit dans un pays marqué par la colonisation japonaise puis la guerre de Corée. À partir de 1953, il étudie la peinture à la faculté des Beaux-Arts de l’Université nationale de Séoul, alors repliée à Busan. Diplômé en 1957, il enseigne à l’École normale d’Incheon et participe à l’avant-garde artistique, en particulier au sein du groupe Hyundae Mihyup. Les traumatismes de la génération d’après-guerre prennent forme dans ses premières œuvres abstraites : couleurs sombres, matières épaisses.
Au Japon, à Kobe, où l’artiste s’installe entre 1969 et 1976, son œuvre évolue vers une palette restreinte. Il y développe un vocabulaire formel qui deviendra sa marque de fabrique, des peintures monochromes composées de grilles, faites de retraits et d’ajouts, créant avec une grande sobriété de moyens un univers méditatif aux subtiles variations de ton et de relief.
Au cœur de sa pratique se trouve une méthode devenue emblématique, suivant un processus répétitif et ritualisé, consistant à déchirer et remplir ensuite minutieusement ces fragments de la surface de la toile avec une nouvelle couche de peinture. En apparence monochromes, ses tableaux à la surface accidentée et ainsi quadrillée appellent la contemplation, riches d’infinies vibrations.
Après le décès de son épouse en 1977, Chung Sang-Hwa s’installe en France, où il avait passé une année avant de partir vivre au Japon. Il y perfectionne sa technique tout en réintroduisant la couleur dans son travail. En 1992, il rentre définitivement en Corée, menant depuis une vie monastique et solitaire dans son atelier retiré à Yeoju, dans la province de Gyeonggi.
Son œuvre a été largement exposée de son vivant. Dès 1962, à Séoul, puis à partir de l’année suivante, pour la première fois à l’international, aux côtés de Park Seo-Bo, Kim Chong Hak et Kwon Okyon dans le cadre de l’exposition « Jeunes peintres coréens » à la galerie Lambert à Paris. Il a participé à de nombreuses expositions individuelles et collectives, notamment à la galerie Jean Camion à Paris, à la Jean Gallery et à la Hyundai Gallery à Séoul, ainsi que chez Motomachi à Kobe. Ses tableaux ont, entre autres, été montrés à la 4e Biennale de Paris (1965) et à la 9e Biennale de São Paulo (1967).
Plus tard dans sa carrière, il a fait l’objet de rétrospectives, notamment au MAMC+ Musée d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole (2011) – une soixantaine de peintures y donnaient à voir plus de trente ans de création. « Plus le spectateur s’intéresse de près aux détails visuels plastiques de la surface sensuelle de la toile, aux agissements subtils du peintre, aux méthodes de structuration picturales et physiques de son travail, plus il s’approche également d’un autre domaine méditatif et émotionnel du processus artistique, à savoir la poésie, la stratégie véritablement poétique de l’œuvre d’art », écrivait alors Lóránd Hegyi, directeur du musée.
À la faveur de la redécouverte du mouvement Dansaekhwa sur la scène internationale dans les années 2000, l’œuvre radicale et rigoureuse de Chung Sang-Hwa a connu une reconnaissance croissante, atteignant des prix records sur le marché. La Biennale de Venise a dédié une exposition au mouvement minimaliste coréen en 2015. En 2021, le Musée national d’art moderne et contemporain de Corée (MMCA), à Séoul, a consacré une vaste rétrospective au peintre, élu à l’Académie nationale des arts de Corée l’année précédente.
Ses œuvres figurent dans des collections privées et publiques de premier plan, notamment celle du Leeum Samsung Museum of Art et du Musée national d’art moderne et contemporain de Corée (MMCA), à Séoul, du Musée national d’art moderne de Tokyo, du Hirshhorn Museum and Sculpture Garden à Washington, du M+ à Hongkong, de l’Art Institute of Chicago ou encore du futur Guggenheim Abu Dhabi.




