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Critique

L'ode au corps noir de Robin Coste Lewis

« Odyssée de la Vénus noire », recueil primé de la poétesse américaine traduit pour la première fois en français, redonne sa place à la figure féminine noire dans l’histoire de l’art.

Camille Viéville
27 janvier 2026
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Robin Coste Lewis, Odyssée de la Vénus noire et autres poèmes, Paris, Gallimard, 2025, 224 pages, 22 euros.

Robin Coste Lewis, Odyssée de la Vénus noire et autres poèmes, Paris, Gallimard, 2025, 224 pages, 22 euros.

Née en 1964, Robin Coste Lewis est universitaire, poétesse et artiste. Elle a notamment été remarquée pour son installation Intimacy, présentée à la Marian Goodman Gallery, à New York, en 2023, et au Palazzo Grassi l’année suivante, en marge de la Biennale de Venise.

À travers un ensemble de photographies de famille accompagné d’un long poème, elle y retraçait l’histoire tumultueuse des Africains-Américains au cours du XXe siècle, et particulièrement celle de la Grande Migration – depuis les zones rurales des États du Sud vers les centres urbains du Midwest, du nord-est et de l’ouest des États-Unis, pour fuir le racisme et les lynchages.

Multitude et invisibilation

Dans le monde anglo-saxon, toutefois, Robin Coste Lewis est surtout connue pour Odyssée de la Vénus noire, couronnée en 2015 du prestigieux National Book Award for Poetry et largement célébrée par la critique. L’ouvrage est né de la découverte par l’auteure d’une gravure d’après Thomas Stothard (1794) détournant l’iconographie de La Naissance de Vénus de Sandro Botticelli (vers 1485) : la déesse blanche et fragile laissait place à une déesse noire et musclée, allégorie du commerce de l’esclavage.

Les première et dernière parties du recueil, qui évoquent déjà la famille et les déplacements sous une forme lyrique, s’articulent autour d’un texte central. Celui-ci est exclusivement constitué d’extraits bruts de notices d’œuvres glanés dans quelque 115 musées du monde entier : « Ce qui suit, note Robin Coste Lewis dans le prologue, est un poème narratif uniquement composé de titres, d’entrées de catalogues ou de cartels d’œuvres d’art occidentales allant de 38 000 avant [notre ère] à aujourd’hui et qui mentionnent la présence d’une figure féminine noire. »

En résulte une litanie de termes qui démontre l’importance de cette figure autant que sa réification ou sa fétichisation par les artistes, les conservateurs et les institutions. Plus encore, remarque l’auteure, « est-il possible que les titres contiennent plus d’art que les images elles-mêmes, même des titres comme Anonyme et Sans titre ? Peut-être le silence est-il la plus grande épopée ». Bouleversée par ce double mouvement – celui de la multitude et de l’invisibilisation –, Robin Coste Lewis accompagne ce long poème lancinant d’un épilogue en prose, ode au corps des femmes noires et à sa puissance.

Le recueil, traduit par Céline Leroy aux éditions Gallimard, trouve évidemment sa place dans la critique actuelle de la fabrique de l’histoire de l’art, « cette propagande intellectuelle », dénonce l’auteure, menée notamment par les chercheuses féministes. Il s’inscrit en outre dans la réflexion entamée depuis la fin des années 1980 sur l’intersectionnalité, ici l’addition des deux discriminations structurelles et historiques, le sexisme et le racisme, subies par les femmes noires.

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Robin Coste Lewis, Odyssée de la Vénus noire et autres poèmes, Paris, Gallimard, 2025, 224 pages, 22 euros.

LivresPoésieRobin Coste LewisEditions Gallimard
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