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Variations sur des carrés, taches intelligentes et chatoyantes tapisseries

Patrick Javault
30 janvier 2026
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Josef Albers, Study to Homage to the Square : Budding, 1958, and Study for Homage to the Square : Spring Out, 1962. © The Josef and Anni Albers Foundation/Artists Rights Society (ARS), New York. Courtesy The Josef and Anni Albers Foundation and David Zwirner

Josef Albers, Study to Homage to the Square : Budding, 1958, and Study for Homage to the Square : Spring Out, 1962. © The Josef and Anni Albers Foundation/Artists Rights Society (ARS), New York. Courtesy The Josef and Anni Albers Foundation and David Zwirner

L'actualité des galeries

Un choix d'expositions proposées dans les galeries par le critique d'art Patrick Javault

Josef Albers : Duets

Josef Albers fut longtemps regardé comme un formaliste austère que l’on rattachait à l’abstraction géométrique. Aujourd’hui que nul, ou presque, ne songe à nier la richesse expérimentale et émotionnelle de son œuvre, Nicholas Fox Weber, président de la Fondation Josef & Anni Albers, et maître d’œuvre de « Duets », peut écrire qu’il était « un magicien dans l’âme ». Le propos inédit de l’exposition est d’apparier des œuvres de toutes les époques de la carrière afin de prouver que, selon les propres termes d’Albers, « en art un plus un n’égale pas deux mais trois ». Les rapprochements opérés n’obéissent pas à un critère unique. Tels des repères biographiques, on peut voir deux croquis de nus d’avant son entrée au Bauhaus et, plus importantes, des variations en noir et blanc autour d’une clé de sol, qui rappellent l’importance de la musique pour le peintre, celle de Bach en particulier. Figurent également deux Structural Constellations, ces constructions en lignes blanches incisées sur fond noir qui font voir différents volumes plus ou moins ouverts en fonction du point de fixation. Mais, les rapprochements les plus féconds concernent bien évidemment les Variant/Adobe et les Homage to the Square. Albers a commencé de peindre les tableaux de la première série en 1948. Inspirées par les architectures traditionnelles mexicaines, elles sont toutes bâties autour de deux rectangles verticaux encadrés (l’artiste les nommait pour lui « portes » et « fenêtres ») et entourées de bandes horizontales de différentes couleurs. Ces œuvres représentent une étape fondamentale dans le développement de l’œuvre. Le rapprochement de l’une d’elles avec une étude de teintes rapidement brossée sur une feuille de papier donne un aperçu de la méthode. C’est aussi un plaisant clin d’œil involontaire à l’expressionnisme abstrait pour lequel Albers n’avait guère de considération. Le choix des Homage to the Square met en évidence les phénomènes d’interaction des couleurs en s’inspirant du grand ouvrage d’Albers, selon qui « les apparences ne trompent pas ». Il rappelle aussi que celui-ci pouvait trouver pour ses choix de vert une inspiration dans la nature autour de lui. Prouver la vérité du 1 + 1 = 3 ne se limite pas à des rapprochements deux par deux et cela justifie que soient réunies en un seul bloc les 12 sérigraphies de Gray Instrumentation, variations sur des carrés concentriques de gris. L’accrochage joue habilement de l’espacement entre les œuvres, favorisant leur rayonnement propre, et donnant une grande liberté au spectateur. Enfin, telle une question ouverte, on découvre un Homage to the Square isolé dont la bande supérieure externe est d’un vert que l’on dirait olive, tandis que les trois autres sont d’un vert persan ; soit un carré qui n’en serait pas un.

Du 15 janvier au 21 mars 2026, David Zwirner, 108 rue Vieille du Temple, 75003 Paris

Vue de l’exposition « Martha Jungwirth : Geh nicht aus dem Zimmer » chez Thaddaeus Ropac Paris. Courtesy Thaddaeus Ropac gallery, London · Paris · Salzburg · Milan · Seoul. Photo Pierre Tanguy. © Martha Jungwirth / ADAGP Paris, 202

Martha Jungwirth : Geh nicht aus dem Zimmer

Martha Jungwirth a toujours évolué librement entre abstraction et figuration. Elle a déclaré que la peinture n’était qu’une affaire de taches, que celles-ci soient intelligentes ou bêtes. Les taches intelligentes, elle les trouve au cours d’un travail qu’elle décrit comme une aventure, et dans lequel le hasard et la surprise comptent autant que la décision. Elle peint à l’huile sur des feuilles de papier, le plus souvent de couleur beige, feuilles qui sont ensuite contrecollées sur toile. Parallèlement, elle continue de pratiquer l’aquarelle qui fut son premier médium et reste fondamentale. En dépit de leur fluidité, ses huiles évoquent moins l’aquarelle que ses aquarelles n’évoquent la peinture. Ce choix de support donne à chacune de ses taches un relief et une autonomie singuliers. Avec une prédilection pour les violets et les rouges qu’elle identifie à un « modèle intérieur », ses œuvres brillent par leur clarté et leur vivacité.

En même temps qu’une présentation de peintures récentes, complétées à l’étage par des aquarelles et des dessins, plus anciens, Martha Jungwirth a conçu une grande composition murale rassemblant 131 feuilles, des dessins de petit format et quelques peintures, ainsi que trois pages de journaux. Ces dessins ont été exécutés de façon semi-automatique, dans l’obscurité, en regardant la télévision parfois, entre 1987 et 1992. Ce sont des représentations de corps, des tracés abstraits avec des notes manuscrites, des taches aussi, et trois pages culturelles prises dans les pages culturelles du quotidien. L’une montre une tête de Louise Bourgeois, un poème de Joseph Brodsky encadré par un commentaire, et La Descente de Croix de Rogier van der Weyden. « Geh nicht aus dem Zimmer » (Ne sors pas de la chambre), qui donne son titre à l’exposition, est un poème de 1970, dans lequel Brodsky évoque notamment une situation de pandémie et un confinement. Plus de trente ans après leur exécution, ces pages d’exercice, dans lesquelles entrent en jeu virtuosité et ressassement, ont trouvé une raison d’être dans ce montage, sur quatre rangées, plus musical que structurel. Par-delà la distance, les paroles du poète interpellent l’artiste, et dans leur manière de tourner l’interdiction en volonté, fournissent un formidable appui.

Du 22 janvier au 28 février 2026, Thaddaeus Ropac, 7 rue Debelleyme, 75003 Paris

Vue de l’exposition « Kicsy Abreu Stable, Beau Disundi, Otobong Nkanga, Angyvir Padilla : Embracing Grounds » chez In Situ-fabienne leclerc, Romainville. Photo Pauline Assathany. Courtesy les artistes et Galerie In Situ-fabienne leclerc, Grand Paris

Kicsy Abreu Stable, Beau Disundi, Otobong Nkanga, Angyvir Padilla : Embracing Grounds

Alors que « I dreamt of you in colours », sa rétrospective, continue d’être visible jusqu’au 22 février 2026 au musée d’Art moderne de Paris, Otobong Nkanga a choisi d’inviter trois artistes d’une génération plus jeune à exposer avec elle dans la Galerie In Situ - fabienne leclerc. Originaires du Congo, de Cuba et du Venezuela, ces artistes ont en commun d’appartenir à la scène bruxelloise. L’exposition a été conçue de façon ouverte et, pour leur offrir plus d’espace, les artistes ont pu investir la Pop-Up Galerie dans un autre des bâtiments de Komunuma. « Embracing grounds », cela peut vouloir dire embrasser des terrains ou des sujets. Un ensemble de photographies de la série Alterscapes : Playground(2005) d’Otobong Nkanga est emblématique de l’esprit de la manifestation. On y voit l’artiste interagir avec une sorte de maquette de paysage en terre crue, image d’une planète blessée. Outre cette pièce, Otobong Nkanga présente quelques-unes de ses chatoyantes tapisseries, paysages faits de strates, ou d’interpénétrations d’images comme dans Acidic Fields qui révèle la beauté au milieu de la désolation. Elle présente également des dessins et poèmes incisés dans des plaques d’argiles et des Tenders Offerings, ces volumes de pierre, bois ou verre reliés par des cordes tressées, gigantesques colliers au sol, porteurs d’histoires, et qui font une liaison entre les œuvres.

À côté des tapisseries de Nkanga, Beau Disundi révèle dans ses grands pastels, une autre façon de réinventer l’art du paysage. Ses silhouettes de montagnes en aplats de couleurs étagés sur des plans d’eau mêlent influences picturales d’Afrique, d’Asie ou d’Europe et inscriptions cryptées. Des questions relatives à la mondialisation et à l’histoire coloniale traversent les œuvres de Disundi qui a fait du makayabou et de ses usages un instrument de lecture de l’histoire et du présent.

À partir d’une légende relatant la naissance des collines autour de Caracas, Angyvir Padilla est partie à la recherche d’un mont analogue dans le nord de la France. En relation avec un film dans lequel on la voit sauter sur un trampoline placé au sommet d’un terril, elle expose sur des trépieds des collines d’argile réalisés avec une imprimante 3D. Devant cette performance filmée, difficile de ne pas penser à Remains of the Green Hill, performance dans laquelle Otobong Nkanga venait sur un site minier de Namibie délivrer un acte d’apaisement.

Ce sont d’autres jeux qu’évoque Kicsy Abreu Stable dans ses pastels. On y voit en réserve des balançoires et des agrès, des fillettes sautant à la corde ou jouant à la marelle. Les images évoquent, dans une atmosphère à la fois brumeuse et cosmique, un parc d’attractions de La Havane qui pourrait symboliser une mémoire de l’île à la fois personnelle et collective.

Sans trop expliquer, invitant à sentir, les artistes ont conçu leur exposition comme une création collective, l’occasion de faire apparaître une communauté d’intérêts et d’engagement dans la façon de se saisir de l’histoire et de la géographie.

Du 11 janvier au 28 février 2026, In Situ-fabienne leclerc, 43 rue de la Commune, 93230 Romainville

Vue de l’exposition « Franziska Krumbachner : Filling gaps » chez Abraham & Wolff, Paris. Courtesy of the artist and Abraham & Wolff

Franziska Krumbachner : Filling gaps

C’est la première exposition en solo de Franziska Krumbachner et celle-ci impressionne par l’originalité de son univers, et sa capacité à trouver dans sa peinture de nouvelles façons de dialoguer avec la photographie et le cinéma. Dans la vitrine de la galerie, elle a accroché sur la paroi frontale un ensemble de 9 petites peintures sur carton, en noir et blanc, à une exception près. Parmi ces images banales, on remarque un visage déformé en spirale, une tête radiographiée, et un téléviseur dont la vitre bleutée renvoie un reflet en étoile. Sur la paroi latérale de cette même vitrine, un grand visage aux traits à demi effacés ajoute un effet inquiétant dans ces éléments épars d’une narration. Les tableaux exposés dans la galerie elle-même offrent d’autres motifs d’intrigue. Ce sont des vues d’intérieur : couloir, escalier, capharnaüm, cadrés bizarrement, des gros plans sur un détail de corps, l’équivalent de ce qu’au cinéma on nomme caméra subjective. La seule image qui pourrait être considérée comme portrait a substitué à la tête une forme ronde comme un ballon. Krumbachner travaille parfois les photos sources de ses tableaux avec une tablette. Elle en tire des perspectives aberrantes et des effets comparables à la double exposition photographique. L’artiste multiplie les détails, joue aussi de différences d’épaisseurs dans sa manière d’appliquer la peinture, engageant le spectateur à ne pas s’en tenir à un seul point de vue. Tongue Tied montre deux mains posées l’une sur l’autre, d’une même personne vraisemblablement. Elles sont éclairées par une douce lumière d’après-midi. Il faut un peu de temps avant de noter que la main du dessus ne tient qu’à un os. D’une manière tout aussi dérangeante, un gros plan sur une dentition pas tout à fait régulière est marqué par des cercles discrets comme on aurait pu en tracer avec un abrasif. On croirait entendre un crissement.

Du 16 janvier au 7 mars 2026, Abraham & Wolff, 12 rue des Saints-Pères, 75007 Paris

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