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Après 1 milliard de dollars d’investissement, le Lucas Museum of Narrative Art ouvre enfin ses portes

Avec près d’une décennie de retards et de controverses, George Lucas et Mellody Hobson inaugurent un immense musée destiné à abriter leur collection de 40 000 pièces, de la bande dessinée aux objets de Star Wars, en passant par un autoportrait de Frida Kahlo.

Jocelyn Silver
7 septembre 2026
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Conçu par l’architecte Ma Yansong, le musée de Los Angeles se distingue par son architecture aux accents de science-fiction. Courtesy Lucas Museum of Narrative Art. Photo Hufton+Crow

Conçu par l’architecte Ma Yansong, le musée de Los Angeles se distingue par son architecture aux accents de science-fiction. Courtesy Lucas Museum of Narrative Art. Photo Hufton+Crow

Huit ans après la pose de sa première pierre, en 2018, le Lucas Museum of Narrative Art, qui a coûté 1 milliard de dollars, doit enfin ouvrir ses portes le 22 septembre 2026 à Exposition Park, à Los Angeles. Fondé par George Lucas, réalisateur de Star Wars, et son épouse Mellody Hobson – ancienne présidente de Starbucks et actuelle directrice générale d’Ariel Investments –, le musée devait initialement ouvrir en 2021, avant que son inauguration ne soit reportée à deux reprises.

Le bâtiment aux lignes courbes et à l’allure futuriste a été conçu par Ma Yansong, de Mad Architects. Ses 27 900 m² d’espaces d’exposition sont entourés de jardins luxuriants et de chemins sinueux dessinés par Mia Lehrer, de Studio-MLA. Évoquant un vaisseau spatial tout droit sorti d’un film de George Lucas, le bâtiment multiplie les éléments spectaculaires, parmi lesquels trois ascenseurs incurvés circulant dans des tubes de verre. « À Los Angeles, il faut un auvent, de l’ombre, une architecture qui protège les gens du soleil, explique l’architecte chinois à The Art Newspaper. Ce bâtiment est donc comme un grand arbre. Il est surélevé. Il flotte. Et il projette son ombre sur ceux qui se trouvent en dessous. Nous avons créé une grande place ombragée, mais percée d’un oculus qui permet d’observer le ciel, afin d’instaurer un dialogue entre les humains et l’univers. »

Les expositions inaugurales réunissent, dans 35 galeries, plus de 1 200 objets issus de la collection privée de 40 000 pièces de Lucas et Hobson, avec une large place accordée à l’illustration. George Lucas, aujourd’hui âgé de 82 ans, a commencé à collectionner des bandes dessinées alors qu’il était encore étudiant. Son musée présentera des planches du XXe siècle signées par des dessinateurs tels que Robert Crumb, aux côtés d’œuvres majeures de Frida Kahlo, Norman Rockwell ou Maxfield Parrish. Lucas a toujours insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’un musée Star Wars, mais certains objets provenant des films – comme la moto-roue du général Grievous dans La Revanche des Sith – seront néanmoins exposés. La narration est au cœur du Lucas Museum : ses fondateurs ont réuni la collection sous une catégorie qu’ils qualifient d’« art narratif ».

« L’art narratif trouve ses racines dans le récit : c’est un art qui traduit les mots en images, explique Ryan Linkof, premier conservateur recruté par le musée en 2018 et aujourd’hui conservateur en chef et responsable des programmes cinématographiques. Si toute œuvre d’art a une histoire, tout art ne raconte pas pour autant des histoires. »

« Dès le départ, George et Mellody ont eu une vision claire de la mission du musée : mettre en lumière et célébrer les illustrateurs et les artistes dont le travail a souvent été négligé ou écarté par les institutions traditionnelles, explique Tracey Bates, directrice générale du musée. Le Lucas Museum entend offrir un lieu à ces héros méconnus de l’art narratif. »

Entièrement financé par George Lucas et Mellody Hobson, le musée revendique une approche démocratique. Lucas défend l’idée qu’il n’existe pas de distinction entre art majeur et art mineur. « Le musée est unique en son genre, affirme Bates, parce qu’il réunit des formes de narration rarement présentées côte à côte. »

George Lucas et Mellody Hobson. Photo Deanna et Ed Templeton.

Élevée par une mère célibataire confrontée à des difficultés financières, Mellody Hobson veut que le musée soit accessible à tous les publics. Comme elle l’expliquait à Vogue en mai, elle souhaite que la boutique propose un objet à 25 cents : un crayon faisant apparaître successivement les inscriptions « First Draft », « Second Draft » et « Third Draft » à mesure qu’il est taillé. L’entrée est par ailleurs gratuite pour les moins de 18 ans – plus de 100 établissements scolaires se trouvent dans un rayon de 16 kilomètres autour du musée, dans le sud de Los Angeles – ainsi que pour les quelque 65 000 habitants du code postal 90037, qui peuvent s’inscrire pour bénéficier d’un pass annuel. L’accès à la bibliothèque est gratuit pour tous. L’entrée générale coûte 25 dollars pour les adultes et 21 dollars pour les seniors. Les galeries ne sont organisées ni chronologiquement ni par artiste, mais autour de thèmes tels que « jeu », « amour », « famille » et « aventure ».

« L’idée que chacun, quelles que soient son expertise ou ses connaissances en histoire de l’art, puisse apprécier l’art est au cœur du projet et de la vision de George, explique Ryan Linkof. Beaucoup des objets présentés sont des œuvres avec lesquelles les gens ont vécu sous différentes formes – livres de poche, magazines, affiches –, ce qui leur confère un caractère intrinsèquement plus démocratique. »

Pour de nombreux habitants de Los Angeles, cette ouverture est très attendue. Mais le musée a aussi été marqué par les controverses. La construction du bâtiment a été considérablement retardée par la pandémie de Covid-19, tandis que des conflits ont opposé architectes et entrepreneurs. En mars 2025, sa directrice, Sandra Jackson-Dumont, a quitté ses fonctions après cinq ans à son poste, George Lucas prenant lui-même en charge l’essentiel de la direction curatoriale. En mai de l’année 2025, le musée a également licencié 15 salariés à temps plein et 7 à temps partiel, dont la plupart travaillaient dans les services éducatifs et d’accueil du public. Une décision qui semblait contredire l’importance accordée par les fondateurs aux programmes éducatifs.

Lucas Plaza, l’entrée principale du Lucas Museum of Narrative Art à Los Angeles. Courtesy Lucas Museum of Narrative Art. Photo Hufton+Crow

La notion même d’« art narratif » a également suscité des réserves. En 2017, l’influent critique local Christopher Knight avait publié dans le Los Angeles Times un article particulièrement sévère, qualifiant le projet de « mauvaise idée » et de « musée de vanité ». « L’art narratif est une catégorie inventée, écrivait Knight. "L’art narratif est un art visuel qui raconte une histoire", explique [le site du Lucas Museum], se contentant de répéter deux fois le même concept en le formulant différemment. Une tautologie parfaite – ce n’est pas sur cela que l’on construit un musée d’art. »

Le personnel du musée est évidemment d’un autre avis. « Le Lucas Museum se consacre à un art qui saisit et transmet des récits partagés et contribue à façonner notre compréhension de nous-mêmes et du monde qui nous entoure », explique Ryan Linkof.

George Lucas lui-même a qualifié le musée de « temple de l’art du peuple » – une ambition considérable dans une ville qui compte déjà plusieurs équipements culturels de premier plan.

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