Raymond Pettibon (né en 1957), comme ses amis Jim Shaw et Mike Kelley, appartient à une génération d’artistes qui, dans la Californie de la fin des années 1970, à coups d’esthétique punk, fait voler en éclat la pureté de l’art conceptuel new-yorkais. Proche de la scène musicale locale, Raymond Pettibon se fait d’abord connaître pour ses pochettes de disques, ses affiches de concert et ses flyers – combien d’heures passées à contempler le couple si impassible de Goo (1990), le septième album de Sonic Youth ? Dès 1978, il autoédite au moyen de la photocopie ses Superflux Pubs, des livrets composés de dessins et de collages. Cette approche de l’art et de sa diffusion, biberonnée au do-it-yourself (fait maison) et hors des circuits de reconnaissance traditionnels, permet aussi de dynamiter l’autorité de l’artiste et son mythe.
Un regard critique et désillusionné
Raymond Pettibon, dans ses encres de Chine parfois rehaussées à la gouache ou à l’acrylique et souvent accompagnées de textes, mêle allègrement cultures savante et populaire, high and low, reflet du flot indifférencié d’images et de références auquel nous soumettent les médias de masse. Il épuise, dessin après dessin, des motifs récurrents (le gourou Charles Manson, l’actrice Joan Crawford, les présidents américains, le train comme symbole de la conquête de l’Ouest, le joueur de base-ball, etc.), lesquels, ensemble, esquissent un portrait acide des États-Unis et révèlent l’envers monstrueux de l’American dream.

Raymond Pettibon, No Title (Their Religion is...), 1987, encre sur papier.
© Raymond Pettibon. Courtesy de David Zwirner. Photo Kerry McFate
Sébastien Delot, directeur des collections du Musée national Picasso-Paris et commissaire de l’événement, a choisi de mettre l’accent sur la part ouvertement politique de l’œuvre de Raymond Pettibon, en écho aux caricatures du général Francisco Franco par Pablo Picasso et de Richard Nixon par Philip Guston présentées de façon concomitante. À travers la sélection de soixante-dix dessins, d’une dizaine de fanzines et d’une vidéo, accompagnée d’une playlist qui, de Black Flag aux Minutemen, donne une furieuse envie de pogoter, se déploie ainsi le regard critique du Californien, souvent désillusionné, sur le monde contemporain : « Raymond Pettibon, insiste Sébastien Delot, a la capacité de ressentir de manière profonde et pertinente les ambiguïtés, les absurdités de la société américaine pour mieux exposer les grandes obsessions, telles que la guerre, l’argent, le racisme, etc., qui la parcourent. »
Et le commissaire de souligner la faculté de l’illustrateur à ouvrir les yeux du spectateur sans jamais asséner de leçon, à l’exemple de Vavoom, personnage emprunté à la série de dessins animés Félix le Chat et double de l’artiste, lequel, par son cri naïf mais puissant, sauve la communauté.
-
« Raymond Pettibon. Underground », du 14 octobre 2025 au 1er mars 2026, Musée national Picasso-Paris, 5, rue de Thorigny, 75003 Paris.



