Yto Barrada (née en 1971), réputée pour son approche à la fois documentaire et poétique, prend possession du Pavillon français avec « Comme Saturne », sous le commissariat de Myriam Ben Salah. Pour cette exposition aux multiples résonances, elle fait appel à la mythologie gréco-romaine à travers la figure de Saturne. Celui-ci dévore ses propres enfants afin d’éviter d’être détrôné par l’un d’eux – les peintres Pierre Paul Rubens et Francisco de Goya en ont tiré des images emplies d’horreur. Mais le jeune Jupiter, élevé dans le secret par une chèvre, échappe à la folie paternelle. L’imaginaire saturnien infuse la culture occidentale, entre mythe de l’artiste mélancolique (dans Les Enfants de Saturne, livre publié par Rudolf et Margot Wittkower en 1969) et désillusion politique : « Comme Saturne, la Révolution dévore ses enfants », regrettait le député girondin Pierre Victurnien Vergniaud, condamné à la guillotine.
Dans le Pavillon, la « salle des plis » est occupée par de grands draps de laine, teints selon des procédés naturels expérimentés par Yto Barrada dans le jardin de plantes à couleurs qu’elle a créé à Tanger. Ces teintures traditionnelles, destinées à pâlir à mesure que le temps fera son œuvre (faut-il rappeler qu’en grec Saturne se prénomme Cronos ?), sont également magnifiées dans la « salle des études ». La « salle de travail », quant à elle, est consacrée aux Saturnales, fêtes païennes au cours desquelles l’ordre social est levé. Une dernière salle, enfin, évoque la violence de Saturne à travers la technique du velours dévoré : l’usage virtuose de l’acide ronge la matière pour produire des motifs ornementaux et de subtils effets de transparence.
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61e Exposition internationale d’art – La Biennale di Venezia, 9 mai-22 novembre 2026, Giardini, Venise, Italie.




